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La bombe aux deux visages Christina, la gentille chanteuse POP, a-t-elle entièrement laissé la place à Xtina, la furie piercée aux nerfs à vif? "Stripped", son nouvel album enregistré entre deux séances de bris de vaisselle, laisserait penser que oui... C'est vers la fin de l'année dernière - tard dans la nuit à Miami - que Christina a découvert les bris de verre. Aguilera, qui venait de se séparer de son compagnon Jorge Santos (l'un des danseurs de son spectacle et, accessoirement, son premier grand amour), n'était pas dans les meilleures dispositions. Trimballant sa colère et sa peine jusqu'à un night club voisin, elle ne sut plus trop qu'en faire une fois arrivée à destination. « J'étais passablement mal dans ma tête, se souvient-elle. J'avais pété un plomb. J'étais là à courir en tous sens, dans les aléas de l'existence. » Un de ses amis, lequel avait diagnostiqué son malaise, la traîna vers une pièce à l'écart et lui tendit une coupe de champagne. |
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« Brise-moi ça ! », lui dit-il. « Quoi ? » « Vas-y jette ! », ordonna-t-il en balançant un verre contre le mur en guise de démonstration. Elle s'exécuta. Tandis que la coupe volait en éclats, quelque chose au plus profond d'elle-même fut instantanément étouffé. « C'était la première fois que je me livrais à ce genre d'acte, et j'ai vraiment adoré. » Cette nuit-là, elle et son ami brisèrent près de deux caisses de coupes à champagne. Après quoi, Christina se sentit « foutrement mieux". Aguilera n'a jamais vraiment décoléré depuis. Elle ne s'est pas non plus calmée au point de faire abstraction de ce panel de sentiments (entre autres amertume, paranoïa, manque d'assurance ou ce besoin de reconnaissance quasi désespéré) sans lesquels la vie serait forcément plus facile. Même si elle s'y essaie.La réalisation de "Stripped", son dernier album en date, ne fut pas une partie de plaisir. On peut même dire que son enregistrement fut pavé d'embûches.
Un jour que ses nerfs se faisaient particulièrement sentir, elle se vit incapable de pallier la crise. Christina connaissait différents « trucs » pour débrayer en studio ; retapisser les murs de la cabine à grands renforts de sachets de thé, jouer les actrices de films d'horreur hystériques faisaient partie de ses techniques de décompression. La parolière Linda Perry, déléguée à quatre titres de "Stripped", suggéra à Aguilera qu'elle hurle à pleins poumons - peine perdue, la plupart du temps.Christina abattait alors sa dernière carte. Un coursier s'empressait d'aller lui acheter des piles de vaisselle, et elle s'occupait du reste.
Surtout pas mignonne Un immeuble de bureau angeleno. Au vingtième étage, coincé dans les brumes de la ville, le siège d'Irving Azoff (manager en titre d'Aguilera) est le théâtre d'une réunion qui doit permettre la sélection du visuel de couverture du nouvel album. Christina est en retard, mais c'est apparemment là son habitude. (Je m'aventurerai à aborder le sujet avec elle : Elle me dévisagera les yeux écarquillés, ponctuera l'ensemble d'un petit rire, pour finalement que « oh la la ! », c'est probablement l'un de ses gros défauts, arguant du fait qu'elle est sujette à des pannes de réveil répétées ; qu'elle s'en tient toujours à une tierce personne pour la conduire puisque, même si elle a son permis, elle n'aime pas trop conduire dans Los Angeles; qu'elle craint les « poursuites judiciaires et autres » si elle s'y risque, etc...). Christina arrive donc avec une heure et demie de retard. Les photos à l'étude pour la jaquette de Stripped la présentent topless, les seins dissimulés - dans un infime souci de décence - par ses rajouts capillaires. Elle examine les clichés, cache le visage sur l'un deux, masque les hanches de l'autre mains. « J'ai un joli ventre sur celui-ci, bien arrondi » commente-t-elle. « Oui, mais j'aime bien l'expression, objecte Aguilera. J'ai l'air un peu tourmenté, comme si j'avais la tête ailleurs. » Et de rejeter le tirage que Jeri lui préfère : « Ca ne me ressemble pas, j'ai l'air d'une espèce de cantatrice.», « Elle est très mignonne, cette photo », commente Jeri posément. « Peut être, mais j'ai pas envie d'avoir l'air mignonne, rien a foutre d'être mignonne. » C'est de notoriété publique ; la Christina de 1999 - fervente adepte des yeux brillants, des cheveux d'ange, des flirts innocents et des bonnes manières, prima donna de bacs à sable abonnée aux parures simples, à la coquetterie toute contestable et aux ritournelles adolescentes, façon "Genie In A Bottle" - n'est plus.
Lors de notre première rencontre, elle est - selon ses propres dires - habillée de manière « très décontractée » : sa crinière, couverte par un fichu, est surmontée d'une casquette de base-ball ; elle arbore un haut de pyjama siglé GOTCHA et un treillis dont la braguette, ouverte, révèle une bonne partie de ses sous-vêtements frappés du slogan SKIMPIES [« rikiki », Ndrl]. (« Ca n'a rien d'un string, précise-t-elle. Ce sont des sous-vêtements de garçonnet - le truc confort par excellence. ») Sur son bras gauche, juste au dessus du coude, une manchette s'orne (« Juste pour le fun ») d'un 69. « Je ne porterai jamais de jupes à grosses fleurs qui descende ras-la-cheville. C'est comme ça et pas autrement. »
Ces derniers temps, sa garde-robe a fait l'objet de bien des polémiques. L'éditorialiste Liz Smith a même affirmé qu'à l'instar de Britney Spears, l'accoutrement d'Aguilera aux MTV Video Music Awards du mois d'août dernier était digne d'une péripatéticienne. « J'ai vaguement entendu parler de ça, dit-elle. Mais qu'est-ce que ça peut bien foutre qu'on soit sapé X ou Y pour une simple remise de trophées ? C'est juste un show télé. Ma tenue me plaisait - évidemment que je la remettrais. » C'est à la lecture de cette chronique, lui dis-je, que j'ai pour la première fois vu utilisée l'expression « échancré jusqu'aux oreilles ». Elle argumente : « Eh bien oui, je faisais dans le décolleté à l'envers ? Et alors ? J'étais là à faire mon truc et j'étais parfaitement à l'aise. Après tout, ça n'est q'un bout de tissu. Si je m'amusais, en pleine nuit, à me balader dans une ruelle sapée comme ça, je comprendrais que ça puisse prêter à confusion. Mais pour un foutu show télé ! Je suis une figure publique qui se contente de jouer son rôle. C'est la seule occasion où je mets ce genre de tenues un peu provoc. Je ne sortirais jamais en boîte fringuée comme ça. » Comment réagit-elle, lorsqu'elle s'attires les foudres pour ce genre de détails ? « J'aime me faire remarquer. Je n'ai jamais cherché à me fondre dans le décor et je n'ai pas l'intention de changer simplement parce que certains magazines m'ont collé dans la catégorie - c'était quoi déjà ? - épouvantails du show-biz ». Son rire tombe en cascade. Epouvantail peut être, conclut-elle. « Mais c'était moi la plus funky. »
Prise de tête Christina est en route pour le studio d'enregistrement. Au volant du 4 x 4 qui la transporte, Allison Azoff - fille de son manager personnel et ange gardien de son agenda. Aguilera, qui veut écouter le nouveau mix de l'un de ses titres, essaie désespérément de faire fonctionner le lecteur CD. Sa frustration augmente crescendo : « Je hais cette voiture de merde. » Elle parvient à garder le silence quelques instants, puis entreprend de ratisser la bande FM, incapable de s'y fixer, même temporairement. Aux studios, Enterprise, elle retrouve Scott Storch, coauteur et producteur de la grande majorité de Stripped.
Il aura beau marmonner que personne ne sait qui il est, il reste l'un des principaux collaborateurs de Dr. Dre et la pierre angulaire de ses meilleurs albums. Christina est venue écouter ce qu'elle espère, être la version définitive de « Keep On Singin' My Song », la ballade programmé pour clôturer son album. Storch lance le mix. « Been feeling like nothing's going my way lately... " ["Rien de bon ne semble plus m'arriver"], entonne tristement Aguilera, du haut des enceintes. Au beau milieu du titre, tandis que la batterie entre en scène, elle conteste d'un signe de tête. « Avant, il y avait cette énergie un peu décalée, plus dans l'esprit Stevie Wonder. Là, c'est devenu trop carré. » Elle décortique chaque détail, précise sa vision de l'ensemble, passe en revue ce qui, selon elle, fait encore défaut : « Cette note, là, il faut l'atténuer à mort. Essaye cette réverb, histoire d'égayer l'ensemble. Ca manque d'âme, c'est trop plastique. Où sont passés le dépouillement, cette espèce de magie ? » Storch défend calmement ses convictions. Il lui arrive même de soutenir qu'elle croit entendre de soi-disant modifications là où rien n'a été changé. Il justifie telle ou telle retouche en parlant d' « erreurs dans le mix précédent ». Elle bondit sur l'occasion. « Peut être, mais c'était une « bonne » erreur. Sincèrement, Scott, j'apprécie ton travail. Mais cette chanson est vitale pour moi. » Lui répond qu'à son avis, ladite chanson sonne bien mieux maintenant. « Oui, sauf que tu n'as jamais éprouvé pour ce titre ce que moi je ressens - je suis complètement amoureuse de cette chanson. » Christina s'échauffe. La moutarde lui monte au nez : « Putain, je déteste ce genre de personne. Tu es furax parce que je n'aime pas ce que tu as fait. Moi, je veux juste m'assurer que cette chanson n'est pas surproduite. Avant, c'était comme si on l'avait enregistrée ensemble sur un coin de canapé. Maintenant, on dirait que je me contente d'un play-back. » Storch est en proie à un malaise grandissant. Il finit par quitter la pièce. Christina se tourne vers Allison. « Je me sens super mal. Je ne voulais pas le vexer, mais le coté bancal du truc fonctionnait parfaitement à mon goût. C'est comme s'il cherchait la perfection, genre Diane Warren, au lieu de faire dans le sentiment. » « Ouais. confirme Christina. J'imagine qu'il nous en fallait au moins une, pas vrai ? » Un ange passe. Elle reprend : « Peut-être qu'on devrait aller lui parler. » Elle le trouve dans le couloir, marche droit vers lui, le serre dans ses bras. Ils retournent au studio, s'emparent chacun d'une Corona et trinquent. Lui propose : « Tu porte un toast ? » « Un toast à quoi ? lance t-elle dans un sourire. Aux producteurs qui font la gueule ? »
Plus tard dans la journée, elle entame (en retard) la série d'auditions pour sa prochaine vidéo, le single « Dirrty ». La salle très anonyme du Millenium Dance Complex voit défiler une bonne centaine de candidats prêts à tenter leur chance. Elle râle continuellement, se plaint du manque d'agressivité et de sex-appeal des danseurs, du trop plein de féminité chez les filles. « Ca doit sentir le soufre. Le soufre et la sueur. » Tandis que le quatrième groupe de danseur se met en place, Aguilera se penche vers l'un deux et lui fait signe, tandis qu'à son tour il lui renvoie un coup d'oil. « C'est mon ex .» Je manque m'étouffer. Elle lui fait passer l'audition ? Sourire narquois : « Je veux, oui ». Troisième round. Il est toujours en short-list (pour finalement se voir sélectionne pour le tournage). Dans la voiture, Aguilera et Allison discutent du casting « Y en avait des vraiment mignons », commente Christina. Allison : « La blanche, là, elle assurait pas mal question improvisation. »
Amours, pas toujours La relation de Jorge Santos et Christina a commencé sur un mode amical, Jorge dansant pour elle avant même que ne débute leur liaison. Etait-il vraiment son premier grand amour ? « Parfaitement. Avant lui, j'ai toujours adoré ces histoires d'amour où tout fonctionne comme sur des roulettes, mais comme je focalisais totalement sur ma carrière, et je voyais ça comme si. Ces filles enamourées, je les trouvais inconsistantes, vulnérables. En fin de compte, quand on se lâche, tenter l'impossible pour autrui, c'est vraiment ce qu'il y a de plus beau. Sexuellement parlant, il fut ma première vrais expérience. Evidemment, avant ça il y avait eu des flirts plus au moins poussés. Mais là, c'était la première fois. Il fut ma toute première fois. » Bizarre, non, que son premier grand amour ait aussi été son employé ? « Assez, oui. Ca l'était plus pour lui que pour moi - c'est le type même du Portoricain indépendant, obstiné, combatif. Il encaissait difficilement que sa copine l'entretienne. Ma maison, ma femme de ménage, ce genre de choses. » Après la tournée, il emménages chez elle, à Los Angeles. Elle adorait avoir quelqu'un à la maison. Mais ça ne dura pas. Elle évoque « Underappreciated », l'un des quelques titres de l'album qui font directement référence à lui : « L'histoire d'une fille en couple depuis des années. Le train-train s'est installé, lui reste scotché devant la télé - finies les nuits blanches à refaire le monde. J'ai parfois eu le sentiment d'être mésestimée - j'ai beaucoup donné de ma personne, je tenais à ce qu'il se sente à l'aise. »
Depuis, Christina a vécu une autre histoire qui a duré près de huit mois. « Dès le début, un vrai cauchemar, soupire-t-elle. Son prénom ? Trouduc' - Nan, je déconne. Elle n'en a pas forcément l'air. Rien de sérieux au départ, mais j'ai fini par m'impliquer. En même temps, et pour la première fois de ma vie, je flairais l'embrouille. Mais comme je l'appréciais vraiment, j'avais envie que ça marche. Je m'en veux de m'être obstinée dans cette relation merdique. J'avais l'impression d'être distante, abusive. Pas physiquement, pas dans le genre de ce que ma mère a vécu - c'était une autre forme d'abus, et ça me rend dingue de m'être mise dans une situation pareille. Je n'avais jamais été avec un « cavaleur ». J'ai appris par la suite qu'il voyait d'autres filles, qu'il ne donnait jamais autant que moi. C'et là que j'ai réaliser à quel point les mecs pouvaient être coureurs - de vraies bêtes. » Peu après cette erreur de parcours, et ébranlée par un clash avec deux de ses confidentes, Aguilera fut victime de ce qu'elle appelle une dépression. Sa famille la rejoignit à Los Angeles pour l'aider à refaire surface. « Une période difficile, avoue-t-elle. Je disjonctais pour un rien. J'en étais presque arrivée à me faire du mal. Jamais avant je n'avais eu de telles pulsions. La souffrance et la haine, c'est trop souvent mon lot. »
Passionée Christina est une passionnée : en voici trois autres exemples. Premier exemple : « Get Mine, Get Yours », l'un des derniers morceaux qu'elle ait écrit pour Stripped. Inclure ce titre à l'album n'était pas forcément une bonne idée, car, comparé à l'ensemble, celui-ci est un peu « creux ». « Le sexe pour le sexe, comme le résumé le titre. Je suis là pour prendre mon pied - idem pour toi. Et juste pour le plaisir. C'est, genre, je veux ton corps, pas ton cour.» Deuxième exemple : la réécriture en forme de gag de la majorité des textes de Stripped. Aguilera les a même enregistrés pour son seul plaisir. Elle entame devant moi la version bis du premier couplet de « cruz » : « Slowly drifting in a mellow high/smoke some marijuana, he kisses up my thigh » ["Je m'envole doucement vers des rives cotonneuses/fumées de marijuana, il embrasse ma cuisse"]. Elle pouffe : « En fait, je ne fume pas, je bois beaucoup plus que je ne fume. Là, tu vois, je parle du - elle prend une petite voix ridicule - du cannabis. Même si je n'ai jamais vraiment aimé planer. Ajoute, spontanément : tous mes copains ont toujours adoré ça. Même quand je suis entourée de fumeurs, la plupart du temps je m'abstiens. » Troisième exemple : Un jour, je la surprend à passer en revue les soirées polochon de Jennifer Love Hewitt dans Rolling Stone. « Je lui botterais le cul si elle venait à une de mes soirées pyjama. Elle part dans un éclat de rire : Rien à foutre de l'eau plate, passez-moi la tequila. Hewitt craque sur une poignée de blanc insipides. « Très peu pour moi. Mon truc à moi, c'est les basanés épicés. » Jamais de rencards avec des blancs ? « Je les aime sombre et pimentés (rires). Mais je ne fais pas de discrimination raciale. Je viens de me faire mon premier blanc. Mon café, je le prend aussi avec du lait. »
Cochonne Un autre jour. Christina est de nouveau en route vers le studio. Elle a beau être en retard, elle prétexte une migraine grandissante et la nécessité de manger. Allison réserve au Houston, un restaurant de la Vallée [au nord des collines d'Hollywood, Ndlr] parmi les préférés d'Aguilera. Christina enfourne « Lest's Get Dirty » ; le tube de Redman sorti l'an dernier, dans le lecteur CD du tableau de bord. L'amour qu'elle voue à ce titre la poussa à approcher son producteur, Rockwilder, à qui elle demanda de lui composer un titre avec « avec le même grenre de feeling intense et de beat explosif » « Dirrty », donc. (L'orthographe qui, selon ses dires, « fait toute la différence », ne fut en rien inspirée par le « Not In Here » de Nelly. Ont également été envisagés : « Dirtee », « Dirrdy » et « Dirdy » comme autant de variantes orthographiques.) Ce soir, elle coupe rapidement court à « Let's Get Dirty » (« marrant de réentendre ce truc »), le remplace par « Tomorrow Never Knows » des Beatles, pour finalement, au gré de son humeur, passer en revue la bande FM. Cri de joie, alors qu'elle tombe sur son « Dirrty » : elle pousse la volume, et peu importe que nous soyons arrivés à destination : elle restera dans la voiture jusqu'à la dernière note. Une fois installés dans un coin de prédilection, Christina ordonne à la serveuse qu'on baisse la clim'. L'hotesse semble perplexe (le restaurant est immense) et emet quelques reserves. « Ca c'est déjà fait », lui retorque sechement Christina.Elle commande un soda et une Corona. Le soda arrive en un temps record; tandis qu'on passe commande des plats, Christina, jette, d'une voix glaciale: « J'attends toujours ma Corona ». La serveuse à son retour nous annonce que, « sacré coincidence, Brandy est à la table là-bas » « Han nan » commente Christina. « Avez vous déjà diné ensemble ? » demande la jeune fille. Christina la toise coupant ostensiblement cours à la conversation. Une fois la serveuse partie, elle marmone entre ses dents « Parce qu'on est toute les deux celebres? ». Arrivent les entrées. Christina reprend du poil de la bete « J'ai des méchants bleus et des sacrées coupures sur les jambes », annonce-t-elle tandis qu'elle remonte son pantalon bien au-dessus du genou et dévoile un hématome passablement gigantesque qu'elle s'est fait durant le tournage. Elle explique avoir dû combattre durant près de huit rounds.
Après le repas, sur le chemin du studio, elle écoute « Fuck The Pain Away » de Peaches. « Eh, Foldingue ! Est-ce que je t'ai manqué ? », hurle-t-elle en entrant dans la cabine. « Bien sûr que oui », répond Linda Perry, laquelle n'a pas daigné venir sur le tournage du clip. Christina entreprend de la cuisiner. Linda répond pour sa défense qu'elle était passablement débordée. « C'est ça, ouais - avoue que tu ne peux pas me blairer », rétorque Christina, avant de lui demander un massage. Elle implore : « S'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît »
« Hors de question », répond Linda. « Mais tu fais ça si bien », supplie Christina. Elle lui exhibe son bleu. « La vache ! Qu'est-ce qui s'est passé ? » « J'ai défoncé une fille », commente Christina. « Défoncé une fille ? » Christina corrige : « Cinq, en fait. » « Et je n'ai même pas été invitée », conclut Linda.
La plaisanterie tourne court : les voilà absorbées dans l'écoute du nouveau mix d'un titre intitulé « I'm OK ». Aguilera reste muette. En fait, c'est tout juste si elle bouge.
Sans fard Christina Aguilra aime expliquer les raisons qui l'ont poussée à appeler son nouvel album Stripped : »Stripped, c'est moi. Sans hype, sans fard - au - delà des rumeurs et des controverses. » Parce qu'elle y pose à moitié nue et que son single - « Dirrty », donc - a pour couplet « I need that uhhh to get me off/Sweat until my clothes come off » [« J'ai besoin de ce uhhh pour décoller/Que la sueur coule jusqu'à m'en déshabiller »], nombreux sont ceux qui prendront l'explication ci-dessus avec des pincettes. Mais si un morceau justifie à lui seul ce type de phrase, c'est bien « I'm OK ». Les jeunes années d'Aguilera n'ont de secrets pour personne. Sa mère, Shelly Kearns, a épousé Fausto Aguilera, Equatorien engagé dans l'US Army. La relation s'avéra passablement tumultueuse, et Shelly, sa fille sous le bras, finit par mettre les voiles. Christina, qui avait alors six ans, fut élevée par sa mère (puis par son beau-père). Même si elle a avoué entretenir désormais une relation amicale avec son géniteur, elle a aussi fait allusion aux répercussions qu'avaient eu ces événements sur sa vie d'adulte.
A priori, rien ne prépare donc vraiment à la plaie ouverte qu'est « I'm OK » : " Hurt me to see the pain across my mother's face/Every time my father's fist would put her in her place/Hearing all the yelling, I would cry up in my room/Hoping it would be over soon/Bruises fade, Father.But the pain remains the same/And I still remember how you kept me so afraid..." [« Frappe-moi pour voir la peur sur le visage de ma mère/Toutes ces fois où les coups de mon père la remettaient à sa place/En entendant ses cris, je pleurais dans ma chambre/Espérant qu'ils cesseraient bientôt/Les bleus peuvent disparaître, Pére/La souffrance reste la même/Et je me souviendrais toujours de la peur que tu m'infligeais. »] Tout cela balancé avant même la fin du premier refrain. « C'est pour ça que la musique avait une telle importance, dit-elle. Je fonçais à l'étage, j'alignais mes peluches les unes à coté des autres. Elles étaient mon public et moi leur chanteuse. Une fois la porte fermée, j'arrivais à m'évader. » (Christina, qui relatait déjà l'anecdote au moment des ses premiers succès, s'était cependant bien gardé d'expliquer les raisons qui la poussaient à monter à l'étage, ou ce à quoi elle cherchait à échapper.) « C'est la vérité vrais, dit-elle de ce titre. Ces traces sur son cou - ma mère, après une dispute, avait le cou couvert de marques. Etranglée à l'aide d'une veste militaire . » Cette nuit-là, la mère de Christina lui annonça leur départ, même si elle remit le couvert plus d'une fois par la suite. Je mentionne le vers « When I was thrown against the wall » [«Quand on me jeta contre le mur »]. Elle m'explique qu'à ce moment, son père avait été expédié en mission au Japon. « J'ai du traverser la rue alors que je n'étais pas censée le faire, quelque chose comme ça. Mon père m'a attrapée, jetée dans l'escalier - contre les marches. » J'évoque alors le plus triste des couplets du titres : « Shadows stir at night through a crash in the door/The echo of a broken child screaming please no more » [« La nuit, des ombres s'agitent par une fente de la porte/l'écho d'une plainte d'enfant meurtri qui crie s'il te plaît, arrête »] « J'en ai bavé à cette époque, explique-t-elle. Ca m'a marquée à vie. Toute cette haine, l'agressivité et la véhémence dont je fais parfois preuve viennent de là. » Le titre du morceau (« I'm OK ») a beau conclure chacun des refrains, l'intitulé de cette chanson a de quoi laisser dubitatif. " I often wonder why i've carried all this guilt/When it's you that helped me put up all these walls i've built." [« Je me demande souvent pourquoi je porte un tel fardeau/Alors que c'est toi qui m'as amenée à édifier ces murs »], chante-t-elle. Elle marque une pause. « Je culpabilise parfois à l'idée de ne pouvoir m'ouvrir plus aux autres, d'être incapable de garder le sourire - il m'arrive de me demander si je suis normal. Alors que tout ça c'est du passé et al faute des autres. Je me suis promis que jamais rien ne m'affecterait plus. Q'aucun mec n'aurait le moindre pouvoir sur moi. » Fausto Aguilera habite à New York. « Nous sommes pas vraiment proches », précise-t-elle. Elle ne lui a pas fait écouter le titre. « Ca m'étonnerait qu'il l'apprécie, mais avec un peu de chance, il l'écoutera quand même - il s'adresse plus ou moins directement à lui. Peut-être qu'il éprouvera du remords. Mais ça n'a rien d'un règlement de compte. Au contraire ce que j'exprime, je le dis pour mon propre intérêt, et pour ceux qui traversent les mêmes épreuves. Avec un peu de chance, il finira par comprendre ce que j'ai enduré, ce qu'il nous a fait vivre - peut être même que ça le rendra mailleur. Je ne peux rien changer au passé j'espère seulement qu'il respectera mon choix, car je dois en passer par là pour aller mieux. »
Retour au studio. Dave Pensado, l'ingénieur du son, ajuste la réverb' d'un passage chanté sur « I'm OK ». « The pain remains the same. same. same. » [« La souffrance reste la même »], chante Aguilera. Dans le couloir, Christina explique à Linda qu'elle a évoqué leurs matches de ping-pong devant les journalistes de MTV, plus tôt dans la journée.
Linda : « Tu leur as dit que j'avais gagné ? » Christina : « Que J'AVAIS gagné. ». « Bah, après tout, c'est toi la star, commente Linda. Il te croiront forcément. Face à toi, je ne fais pas le poids. » (Soit dit en passant, il ne s'agit pas là de la première lutte sans merci d'Aguilera au ping-pong. Aux temps bénis du Mickey Mouse Club, dès que les autres gosses libéraient la table, Christina s'offrait un duel contre Britney Spears. « On jouait tout le temps, confie-t-elle. C'est la seule fois ou j'admets avoir eu l'esprit de compétition. Ca serait marrant que nous rejouions ensemble. Vas-y, sers ! j'accepterais un défi n'importe quand. Ca me ferait marrer. »)
Redman et Rockwilder, qui travaillent de concert aux studio Enterprise ce soir, débarquent chacun leur tour. Redman est accompagné de son pitbull. « Coment ça va, les filles ? », lance-t-il à la cantonade. Ils évoquent la vidéo de « Dirrty », dans laquelle Redman fait une apparition. « Quand tu dérouilles la peluche - ça, c'était le top » ; dit Christina. Arrive Rockwilder. « T'as raté la scène de al douche, lui lance Christina. J'arrive pas à croire que tu sois parti avant. T'assures pas, Rock. Elle sourit. MTV ne voudra jamais de ce clip - bien trop sexe. » « Tu rendais vraiment bien à l'écran », commente Rockwilder. « Ce qui veut dire ? demande Christina. Que je ne rends pas bien dans la vie ? ».
Le piercing qui soulage Lorsqu'elle était enfant, sa grand-mère menaça la mère de Christina de les jeter dehors si celle-ci se faisait percer les oreilles. La sentence semblait particulièrement injuste : à l'école, tout le monde avait les oreilles percées. Elle finit donc par faire de même, mais il est tout à fait possible que les réticences de sa grand-mère aient fait germer quelque part dans un coin de sa tête, l 'idée que le piercing puisse être un rite d'édification intime au même titre que le symbole d'une très personnelle rébellion.
Tandis qu'elle était en tournée après la sortie de son premier album, elle devint en quelque sorte « accro ». « Quand j'allais mal, confie-t-elle, ou lorsque je déprimais - à cause d'un mec, entre autres -, j'allais me faire piercer. C'était une vraie délivrance, la sensation d'être puissante, plus forte. Ca ne concernait personne d'autre que moi. »Christina se fit d'abord piercer le téton : difficile, aujourd'hui, d'ignorer le contour de l'anneau sur son sein droit. Entre autres ornements sur le lèvre inférieure et sur le narine gauche, elle a aussi un piercing entre les jambes. « Je trouvais ça érotique, surtout à un endroit où la grande majorité n'oserait jamais se faire piercer. J'entends dire des trucs genre « Tu vas voir, c'est génial pour prendre son pied » et tout ça, mais moi je trouve juste ça mignon. Comme une ponctuation. » Le bijou en question est orné de diamants. « Je ne connais même pas laur nombre exact, précise-t-elle. A cause de leur position. C'est un objet vraiment magnifique, particulièrement cher - je l'aime énormément. On m'en fait toujours beaucoup de compliments. » Je hausse les sourcils - à peine. « Ne vas pas te faire de fausses idées ! couine-t-elle. Ca n'est que l'avis du gynéco. et de l'esthéticienne. Elle ajoute : J'adore mes bijoux. Et ces petites marques de piqûres. »
Quand Aguilera a les cheveux relevés, on distingue, en travers de sa nuque, un nom tatoué à l'encre : XTINA - une sorte de surnom, de diminutif. « Pour certains, j'ai une double personnalité, affirme-t-elle. D'un côté, Christina, c'est le côté innocent : la gentille gamine, un peu enfantine. Xtina, c'est le mystère - le côté obscur de la force. » Quand on passe du temps avec elle, ces deux personnalités sont aussi visibles l'une que l'autre. Les farces pipi-caca du studio, les SMS échangés avec sa sour (« Qu 'est ce que tu fous grosse tache ? » « Une interview pour Rolling Stone - et toi, face de truie ? »). Voici quelques exemples de ce qu'est Christina, et cette Christina-là est encore très présente. Mais pour le moment, c'est Xtina qui tient le devant de la scène. « Xtina a fait son coming out, conclut Aguilera. Elle se montre enfin sous son vrai jour. » |
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